Le marché mondial du pétrole n’a pas d’états d’âme. Le FMI avait déjà
exprimé des mises en garde dans son rapport 2012, l’EIU (Economist
Intelligence Unit) ; l’agence d’analyse économique anglaise, vient d’en
remettre une couche dans une série d’articles publiés cette semaine et
dans lesquels on peut lire notamment : « la situation [actuelle] laisse
l’économie algérienne extrêmement dépendante des chocs du prix du
pétrole, compte tenu en particulier de l’important niveau
d’investissement dans lequel le gouvernement s’est engagé ».
L’EIU fait référence au plan quinquennal 2010‑2014 destiné au
développement des infrastructures du pays. Elle explique qu’il est tout
simplement menacé, car suspendu à un cours du Blend algérien concurrencé
par l’accélération de la production américaine et la réduction de la
demande européenne. « Le prix moyen du Blend subsaharien dans la
première moitié de 2012 s’élevait encore à 113,9 dollars le baril »,
souligne l’agence anglaise, « contre 112 dollars à la même période 2011,
mais la tendance récente à la baisse est néanmoins préoccupante pour
les autorités algériennes ». Le prix du baril de Blend algérien a plongé
de 14 % au mois de juin pour s’établir à 94,7 dollars contre
110,3 dollars en mai dernier.
Échec de la diversification économique
Le pétrole resserre son étau autour de l’Algérie et rien dans les
performances économiques du pays, semble dire l’EIU, rien dans la
concrétisation des annonces sur la diversification des ressources, rien
non plus dans sa capacité à accueillir des entreprises étrangères, ne
paraît pouvoir inverser ce mouvement. Citant les propos tenus en juillet
par le ministre de l’Énergie, Youcef Yousfi qui rappelait que la
diversification par rapport au pétrole et au gaz était toujours une
priorité nationale, l’agence souligne que cette position « avait été une
priorité du gouvernement du président Abdelaziz Bouteflika depuis
plusieurs années et que cela avait clairement échoué ».
L'Algérie vient d’enregistrer un excédent commercial de
15,7 milliards de dollars pour le premier semestre 2012, selon les
derniers chiffres officiels des douanes. Dans son analyse de l’ensemble
des données, l’EIU, relève que les revenus liés à l’exportation
d’hydrocarbures ont progressé de 6 % en glissement annuel, pour
atteindre 37,8 milliards de dollars. Une façon de remettre en valeur la
pétro‑dépendance de l’Algérie et le recul inquiétant des exportations de
biens non pétroliers dont la baisse, sur la même période, atteint les
7,5 % pour s’établir à un milliard de dollars. Autant dire rien. « Ceci
démontre l'inefficacité des tentatives du gouvernement à la
diversification économique » conclut l’EIU.
Barre fatidique des 112 dollars le baril
Selon la Banque d’Algérie, le pays a besoin d’un baril à
112 dollars pour équilibrer le budget de 2012. Cette barre fatidique
apparaît inatteignable pour l’agence anglaise qui se réfère au rapport
du FMI publié en janvier dernier pour enfoncer encore un peu plus le
clou. « Un prix du pétrole autour de 100 dollars le baril en 2012
laisserait l'Algérie avec un déficit budgétaire de 6 % de PIB ». Et ce
déficit, l’Algérie ne peut se le permettre. Arcbouté sur ses réserves de
devises dont le montant s’élevait à 187,1 milliards de dollars à la fin
du premier trimestre de l’année, le pays ne voit plus la chute continue
de sa production d’hydrocarbures. Cette production a atteint un sommet
de 1,74 million de barils/jour en 2007, rappelle d’EIU. Elle n’était
plus que de 1,16 million de barils/jour au premier trimestre 2012.
Un prix de marché en baisse, une consommation des grands pays
industrialisés de plus en plus maîtrisée, une extraction nationale en
recul, autant d’indicateurs qui font dire à l’EIU que « si le
gouvernement a des réserves suffisantes pour couvrir un déficit
budgétaire sur le court terme », il sera probablement « forcé de réduire
ses dépenses d’investissement en 2013 ».
Mais le court terme, c’est aussi une échéance encore plus forte et
sans appel. Dans 18 ans, écrivent les analystes de l’agence économique,
les réserves de pétrole de l’Algérie ne permettront plus de maintenir le
niveau actuel de production « et n’importe quelle baisse des prix du
pétrole […] aura un effet dramatique sur les équilibres financiers
externe et interne [du pays] ».





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